Cérémonie du 11 novembre à Kobe
- novembre 11, 2025
- Publié par : mathieu-blog
- Catégorie : Secondaire
La commémoration de l’Armistice de 1918 a débuté ce lundi 10 novembre au Lycée Français International de Kyoto, avec le pavoisement de la cour du lycée aux couleurs tricolores.
Les élèves de tous âges – de la maternelle au lycée – se sont réunis pour lever le drapeau français et partager un moment de mémoire et de transmission.
Ce geste symbolique marque la première phase de la commémoration, unis autour des valeurs de paix, de respect et de fraternité.
Et pour prolonger cet hommage, vous pouvez toujours acheter le Bleuet de France, symbole de solidarité nationale et de soutien aux anciens combattants, aux victimes de guerre et à leurs familles.










Le mardi 11 novembre 2025, nos élèves participent à la cérémonie officielle organisée à 12h00 au Cimetière des étrangers de Kobe, en présence de Mme Sandrine Mouchet, consule générale de France à Kyoto, et de Mme Melanie Saxinger, consule générale d’Allemagne à Osaka-Kobe.
Un moment solennel de recueillement et de fraternité franco-allemande, à l’image des valeurs que nous transmettons chaque jour à nos élèves.
Le cortège des participants s’est ensuite dirigé vers le carré français du cimetière où une deuxième cérémonie a eu lieu. Elle rappelé la mémoire des onze marins français assassinés par des samouraïs en mars 1868 à Sakai, près d’Osaka, alors qu’ils escortaient le consul de France de l’époque.
Le 11 novembre n’est pas qu’une date : c’est un pont entre 1918 et aujourd’hui, un rendez-vous annuel avec l’Histoire et la mémoire partagée.
Le discours de nos élèves
Mesdames, Messieurs, chers camarades,
Aujourd’hui, nous évoquons un épisode oublié mais révélateur des tensions du XIXᵉ siècle : l’incident de Sakai, survenu en 1868, dans le port japonais du même nom, près d’Ōsaka.
Un drame à la croisée de deux mondes : celui du Japon des samouraïs, et celui de la France impériale, en pleine expansion maritime.
Ce jour-là, une chaloupe de la corvette française Dupleix effectue de simples relevés hydrographiques. À terre, les marins se promènent, insouciants.
Mais des samouraïs du clan de Tosa, chargés du maintien de l’ordre, ouvrent soudain le feu.
Onze Français tombent, parmi eux le jeune aspirant Charles Guillon, vingt-deux ans à peine.
En réponse, vingt samouraïs furent condamnés au seppuku, le suicide rituel.
Le 7 mai 1868, onze d’entre eux s’exécutèrent dans l’enceinte du temple Myōkōkuji, sous les yeux du commandant Abel-Nicolas Bergasse du Petit-Thouars, qui interrompit la cérémonie après le onzième mort.
Cet événement tragique n’est pas un simple affrontement : c’est le choc de deux visions du monde.
Le Japon vit alors la fin du shogunat Tokugawa, et le début de la Restauration Meiji : une époque où le pays s’ouvre malgré lui à l’Occident.
Les samouraïs de Tosa, fidèles à la devise sonnō jōi — « révérer l’empereur, expulser les barbares » — voyaient les étrangers comme une menace à la souveraineté japonaise.
Pour la France, au contraire, il s’agissait d’affirmer sa puissance et sa présence en Asie, face aux autres empires.
Ce drame aurait pu entraîner la guerre, mais il donna lieu à une scène d’une rare intensité :
une armée japonaise exécutant ses propres guerriers, dans un rituel d’honneur, sous le regard d’un officier français bouleversé.
L’incident de Sakai illustre la violence des rencontres entre civilisations, et la difficulté de comprendre l’autre sans l’imposer.
Les récits français et japonais ont longtemps divergé : les uns parlent d’agression, les autres de défense.
Mais l’histoire n’est pas faite pour juger : elle sert à comprendre.
Aujourd’hui, les marins français reposent à Kōbe, sous une croix de granit, tandis que les samouraïs reposent à Sakai, dans le calme d’un temple.
Deux mémoires, deux regards, un même silence.
Et si nous évoquons cet épisode en ce 11 novembre, jour de mémoire et de paix,
c’est parce que ces tensions locales annonçaient déjà les rivalités des grandes puissances :
la guerre de 1870, la chute du Second Empire, la perte de l’Alsace-Moselle,
et, dans la même logique, quelques décennies plus tard, la Première Guerre mondiale.
De petits incidents deviennent parfois les signes avant-coureurs des plus grands drames.
Et aujourd’hui encore, à notre époque de tensions renouvelées et de nouvelles puissances montantes — notamment en Asie —,
le souvenir de Sakai nous rappelle combien la paix et la compréhension sont fragiles.
Raconter l’incident de Sakai, c’est honorer la mémoire de ceux qui sont morts loin de leur patrie,
mais aussi réfléchir à notre responsabilité de citoyens du monde.
Souvenons-nous enfin que ces morts, Français comme Japonais,
ont vécu un moment où le monde changeait,
et leur histoire nous invite à mieux comprendre le présent.
Je vous remercie.





























